Origines du mutualisme et principes fondateurs
En 1780, naît à Paris la première société de secours mutuel : la Bourse Saint-Laurent.
Organisée par et pour les ouvriers, elle préfigure les mutuelles d’aujourd’hui.
Au XIXᵉ siècle, les premières mutuelles sont des regroupements de corps de métier (artisans, enseignants, cheminots…) qui s’auto-organisent dans un territoire, à une époque où l’État social n’existe pas.
Par cotisation volontaire, chaque membre protège tous les autres contre les aléas de la vie.
Un modèle non lucratif fondé sur la mutualisation du risque et la solidarité.
Dès l’origine, les mutuelles promeuvent la coopération, l’entraide et la gouvernance démocratique.
Le collectif prime sur l’intérêt particulier.
« Une personne, une voix » : l’égalité des adhérents est au cœur du système mutualiste.
Chacun participe à la gouvernance en élisant des représentants parmi les adhérents.
Aucune sélection par le risque : les mutuelles accueillent tous les profils sans discrimination d’âge, de revenu ou d’état de santé.
Une construction sociale inscrite dans le champ de l’ESS
En 1898, la Charte de la mutualité pose les fondements juridiques d’une reconnaissance nationale et leur attribue un rôle d’intérêt général.
C’est un tournant décisif qui affirme leur autonomie et encourage la structuration à l’échelle départementale et nationale.
Créée en 1902, la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) devient la voix unifiée des mutuelles françaises, facilitant leur organisation à l’échelle nationale.
À partir de 1981, l’économie sociale bénéficie d’une première reconnaissance institutionnelle.
Les mutuelles constituent l’une de ses grandes familles, ce que la loi ESS de 2014 confirmera par la suite.
Elles incarnent les valeurs-clés de l’ESS : solidarité, démocratie, intérêt général.
Les actions des mutuelles servent l’utilité sociale : accès aux soins, prévention, accompagnement, sans recherche de profit.
Les excédents sont intégralement réinvestis au service des adhérents.
Les mutuelles ont construit le premier réseau sanitaire et social non lucratif en France, avec près de 3 000 structures (crèches, centres de santé, EHPAD, cliniques, centres d’optique et d’audition…).
Créés pour répondre à des besoins non couverts par l’offre publique ou privée, ces établissements proposent une prise en charge de qualité, sans sélection ni avance de frais, selon le principe du tiers-payant intégral.
Les mutuelles : fers de lance des conquêtes sociales en santé
Les mutuelles ont inspiré le modèle de la Sécurité sociale universelle, créée en 1945 par le Conseil National de la Résistance.
Actrices majeures des avancées sociales, elles ont souvent ouvert la voie à de nouveaux droits :
– En 1892, création d’un congé maternité rémunéré de quatre semaines.
– En 1951, introduction de l’accouchement sans douleur.
– En 1967, soutien à la contraception, avant même la loi Neuwirth.
– En 1975, remboursement de l’IVG avant celui de la Sécurité sociale.
À travers ces engagements, les mutuelles agissent concrètement pour l’émancipation et la santé des femmes.
Elles ont aussi joué un rôle moteur dans l’invention et la promotion du tiers-payant, reconnu par la loi de 2017, qui permet aux patients de ne plus avancer les frais de soins.
Cette avancée facilite l’accès aux soins, notamment pour les publics les plus fragiles.
Innover pour les protections sociales de demain
Dans un contexte de changement climatique et de transition écologique juste, de nouvelles protections sociales doivent être pensées et mises en œuvre.
Elles s’inscrivent dans une approche plus globale, comme le concept One Health (« une santé »), qui relie santé humaine, animale et planétaire.
Sur la santé humaine, physique et mentale, de nouvelles réponses seront nécessaires face à la hausse des maladies chroniques, à la recrudescence des maladies infectieuses ou au vieillissement en mauvaise santé.
Les mutuelles contribuent à ces combats et à la création de nouveaux droits.
Elles portent également des démarches participatives visant à redonner une place centrale à l’expression citoyenne sur la santé, l’accès aux soins, la prévention et la solidarité intergénérationnelle.
Ces réflexions collectives abordent de grands débats de société : droit à une fin de vie digne, prise en charge de l’autonomie, évolutions du système de protection sociale.
L’objectif : bâtir un modèle plus juste, plus universel et plus adapté aux défis de demain.
À l’international, le mutualisme inspire d’autres modèles de protection sociale :
– En Belgique, la mutualité gère le système de santé obligatoire.
– Au Québec, en Amérique latine et en Afrique de l’Ouest, les mutuelles se déclinent selon des logiques d’accès à la santé pour tous.