IA conversationnelle et santé mentale des jeunes : un nouvel enjeu de santé publique

Près d’un jeune sur deux utilise l’intelligence artificielle conversationnelle pour parler de sujets intimes et personnels. Comment accompagner ces nouveaux usages, protéger les jeunes et préserver la place du lien humain ?
Date de publication : 04 novembre 2026

Avec la CNIL, le Groupe VYV publie le livret « La voix des jeunesses », qui croise les résultats d’une enquête européenne, la parole des jeunes et l’analyse d’un collectif pluridisciplinaire d’experts. Une démarche pour mieux comprendre un phénomène encore insuffisamment documenté et faire émerger des réponses collectives.

Quand l’intelligence artificielle entre dans la sphère intime

L’intelligence artificielle conversationnelle s’installe rapidement dans le quotidien des jeunes. Pour apprendre, travailler ou se divertir, mais aussi pour exprimer leurs émotions, chercher des conseils ou parler de difficultés personnelles. Cette évolution transforme la relation que les jeunes entretiennent avec ces technologies et soulève de nouvelles questions en matière de santé mentale, d’autonomie et de protection de la vie privée.

En France, 86 % des jeunes de 11 à 25 ans interrogés déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle. Parmi eux, 48 % les sollicitent pour parler de sujets intimes et personnels. Et parmi les jeunes qui utilisent l’IA pour obtenir des conseils personnels, 64 % la considèrent comme un « conseiller de vie ».

Ces chiffres témoignent d’un changement d’usage : l’IA n’est plus seulement un outil fonctionnel. Pour une partie des jeunes, elle devient un interlocuteur auquel se confier, parfois sur des sujets qu’ils abordent difficilement avec leur entourage.

Cette évolution invite à porter une attention particulière aux situations de vulnérabilité. L’enquête souligne notamment que les jeunes les plus anxieux déclarent plus facilement parler de leurs problèmes à une IA qu’à leurs proches ou à des professionnels. Ces résultats ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien de causalité entre les usages de l’IA et la santé mentale. Ils constituent néanmoins un signal important pour mieux comprendre les besoins d’écoute et de soutien des jeunes.

Un enjeu qui dépasse la seule maîtrise du numérique

Pourquoi ces pratiques concernent-elles directement la santé publique ?

Parce que les interactions avec l’IA conversationnelle peuvent toucher à des dimensions essentielles de la santé et du développement des jeunes : la gestion des émotions, la construction de soi, les relations sociales et la capacité à demander de l’aide.

La disponibilité permanente de ces outils et la possibilité d’échanger sans crainte apparente du jugement peuvent être perçues comme des avantages. Mais l’utilité ressentie ne garantit ni la fiabilité des réponses ni leur adéquation à la situation de la personne. Une IA conversationnelle ne saurait être assimilée à un professionnel de santé, et ses réponses ne remplacent pas un accompagnement humain adapté.

La question de la confidentialité est tout aussi importante. Seul un tiers environ des jeunes interrogés déclare savoir ce que deviennent les informations qu’ils confient à l’IA. En parallèle, 80 % des jeunes Français interrogés n’ont pas totalement confiance dans ces outils et 85 % souhaitent disposer de davantage d’informations à leur sujet.

Ces résultats mettent en évidence un besoin d’information, d’éducation et de protection. Ils invitent également à s’interroger sur notre capacité collective à repérer les situations de fragilité, à orienter les jeunes vers les ressources adaptées et à garantir un environnement numérique plus protecteur.

Les effets à moyen et long terme de ces usages restent à documenter. C’est précisément pourquoi il est nécessaire de faire progresser la recherche tout en agissant dès maintenant sur les enjeux déjà identifiés.

Écouter les jeunes pour construire des réponses adaptées

Pour mieux comprendre ces évolutions, le Groupe VYV et la CNIL ont engagé une démarche qui associe données, expertise et participation des jeunes.

Le livret « La voix des jeunesses » rassemble les enseignements d’une enquête Ipsos BVA menée en mars 2026 auprès de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans en France, en Allemagne, en Irlande et en Suède. Il s’appuie également sur les échanges de 133 jeunes réunis le 12 février 2026 au Parlement européen, à Strasbourg, ainsi que sur les analyses de la Voix des Expertises AI*me, un collectif réunissant des spécialistes de la psychiatrie, de la psychologie, des neurosciences, de l’éducation, de l’intelligence artificielle, de l’éthique et de la protection des données.

Cette démarche croisée permet de mettre en perspective les pratiques déclarées, les expériences vécues et les questions soulevées par les experts.

Les jeunes participants ne rejettent pas l’intelligence artificielle conversationnelle. Ils expriment avant tout une attente de transparence, de maîtrise et de protection. Parmi les propositions qu’ils ont formulées et votées figurent le développement de formations sur l’IA conversationnelle et la santé mentale, des actions de sensibilisation en milieu scolaire et une information plus claire sur la collecte et l’utilisation des données personnelles.

Leur parole rappelle une exigence essentielle : accompagner les usages sans opposer innovation technologique et relations humaines, et donner aux jeunes les moyens de comprendre les outils qu’ils utilisent.

Faire de la prévention une réponse collective

Face à ces nouveaux usages, la prévention constitue un levier essentiel. Elle suppose de donner aux jeunes les repères nécessaires pour exercer leur esprit critique, comprendre les limites de l’IA, protéger leurs données et savoir vers qui se tourner lorsqu’ils rencontrent une difficulté.

Elle concerne aussi les parents, les professionnels de santé, les acteurs de l’éducation et de l’accompagnement, ainsi que les concepteurs de technologies et les pouvoirs publics. Chacun a un rôle à jouer pour mieux informer, prévenir les situations à risque et créer des conditions d’utilisation plus responsables.

Cette ambition est au cœur d’AI*me, l’initiative portée par le Groupe VYV et la CNIL pour contribuer à la protection de la santé mentale et de la vie privée des jeunes à l’ère des intelligences artificielles conversationnelles.

Le dispositif s’articule autour de trois objectifs : mieux comprendre et analyser les usages réels des jeunes, développer la sensibilisation et la prévention auprès des jeunes, de leurs parents et des professionnels, et contribuer aux réflexions sur les cadres réglementaires nationaux et européens.

En croisant expertise en santé, protection des données et participation des jeunes, AI*me entend faire émerger des réponses adaptées à la réalité des usages et à leurs évolutions.

Pour le Groupe VYV, cette démarche s’inscrit dans une conviction plus large : défendre le droit à la santé pour tous implique aussi de prendre en compte les transformations de notre environnement et leurs conséquences potentielles sur la santé et le bien-être. À l’heure où les technologies prennent une place croissante dans la vie quotidienne, la prévention doit évoluer avec elles.

Un sujet qui est déjà une réalité dans nos établissements VYV3, et un enjeu pour nos mutuelles et leurs adhérents. En réduisant notamment le temps dédié aux tâches administratives, nos soignants peuvent consacrer davantage de temps à la prise en charge de nos patients et résidents.

L’enjeu n’est pas d’opposer les jeunes à l’IA, mais de faire en sorte que le numérique reste au service de leur santé, de leur autonomie et du lien humain.

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