Mieux accompagner les adhérents, anticiper leurs besoins, orienter une action de prévention au bon moment… Pour le Groupe VYV, cela suppose de bien comprendre comment évoluent les comportements de soins dans le temps. Or les indicateurs habituels tels que le nombre de soins, leur montant et la fréquence sur une année ne racontent pas toute l’histoire. Deux adhérents peuvent afficher exactement le même volume de soins sur un an, tout en ayant des parcours radicalement différents : l’un consulte régulièrement pour prévenir, l’autre laisse passer le temps avant de devoir traiter un problème plus lourd.
Comprendre cette dynamique est essentiel pour construire une prévention efficace. Mais elle se heurte à une exigence non négociable : les données de santé imposent le plus haut niveau de protection possible. C’est précisément l’équation que le Groupe VYV a voulu résoudre avec INRIA, l’institut national de recherche en sciences du numérique, et : Probabl ( :Probabl est une entreprise à mission issue du projet P16 d’Inria est l’éditrice de scikit-learn, la bibliothèque de machine learning la plus utilisée au monde).
Une expérimentation sur plus de 113 000 prestations dentaires
Pour cette première collaboration, les deux partenaires ont travaillé sur l’historique de plus de 113 000 prestations dentaires, concernant près de 13 000 patients, sur une période de plus de six ans. Deux partis pris méthodologiques ont guidé le projet.
Premièrement, ne jamais toucher aux données réelles des adhérents. Avant toute analyse, l’ensemble du jeu de données a été transformé en données synthétiques : des profils entièrement recréés, qui reproduisent fidèlement les comportements observés dans la population, sans qu’aucune trajectoire ne puisse être reliée à une personne réelle. La CNIL reconnaît elle-même que ce type de données n’est pas ré-identifiable. On ne se situe donc pas dans une anonymisation « au mieux », mais au niveau de protection le plus élevé qui existe aujourd’hui pour ce type de données, sans rien perdre de la capacité d’analyse.
Ensuite, regarder des trajectoires, pas des moyennes. En effet, plutôt que de classer les patients à partir d’indicateurs figés sur l’année, les équipes ont utilisé une méthode d’analyse de séries temporelles capable de comparer des parcours de soins qui se ressemblent, même lorsque les événements ne surviennent pas aux mêmes dates. Deux adhérents ayant chacun connu un épisode de soins importants à six mois d’écart peuvent ainsi être rapprochés, là où une segmentation classique ne verrait aucun point commun.
Deux profils de patients, une piste d’action concrète
Cette analyse a fait émerger deux profils de comportements, nets et reproductibles :
- Soins récurrents (60 % des patients, soit 7 706 personnes) : un suivi régulier, une orientation nette vers la prévention, peu de besoin de soins lourds. Le profil d’un suivi bucco-dentaire qui fonctionne bien.
- Soins ponctuels (40 % des patients, soit 5 251 personnes) : de longues périodes sans aucun soin, puis l’apparition ponctuelle d’un épisode de traitement important. Le signe d’un recours différé, plus curatif que préventif.
Cette distinction n’est pas qu’un résultat statistique, elle dessine une cible d’action très concrète. C’est pour le profil « Soins ponctuels » qu’une campagne de rappel ou un accompagnement ciblé auraient le plus de valeur, idéalement avant que ne survienne l’épisode de soins lourds.
Une méthode, au-delà d’un résultat
Au-delà de ces deux profils, cette expérimentation prouve, sur un cas réel, que protection maximale des données et finesse d’analyse ne sont pas incompatibles. Le Groupe VYV dispose désormais d’une méthode prête à l’emploi : des données synthétiques non ré-identifiables, conformes au RGPD et reconnues comme telles par la CNIL, sur lesquelles il est possible d’appliquer des techniques d’analyse de pointe.
Cette première étude s’appuie sur les volumes de soins et sur la durée entre les soins. Les travaux avec l’INRIA vont désormais se poursuivre pour enrichir ces trajectoires avec d’autres dimensions, afin de construire des segmentations plus fines et des stratégies d’accompagnement plus ciblées, toujours dans ce même cadre de protection des données.
Une double preuve, technique et éthique, qui pose les bases solides d’une collaboration appelée à se poursuivre entre le Groupe VYV et INRIA.