Entre enjeux de santé publique, solidarité nationale et financement durable, la société française va devoir repenser la manière dont elle prend soin de ses aînés. Mais parler du grand âge ne se résumera pas à la seule mise à disposition de lieux d’accueil et d’accompagnement. C’est à un défi sociétal majeur que nous sommes confrontés et ce défi devra englober une vision politique, des engagements financiers, de l’innovation… et bien plus !
Depuis plus de dix ans, une grande loi sur le « Grand âge » est annoncée puis reportée. La loi « Bien vieillir » de 2024 marque certes des progrès (meilleure reconnaissance des professionnels, création d’un guichet unique, carte professionnelle) mais elle ne répond pas pleinement aux défis structurels de financement, de coordination et de pilotage local.
La fin d’un modèle unique : établissements et domicile
La France compte deux modes d’accompagnement : en établissement ou à domicile. Aujourd’hui, près de 21 % des plus de 85 ans vivent en institution, l’un des taux les plus élevés d’Europe.
Si cette tendance n’évolue pas, il faudra créer 108 000 places supplémentaires en établissement d’ici 2030, selon la DREES ; une équation économiquement et humainement difficilement soutenable.
Une évolution d’autant moins crédible que plus de 85 % des Français souhaitent vieillir chez eux. C’est tout le sens du virage domiciliaire : privilégier le maintien à domicile, en adaptant les dispositifs d’aide et de soins, mais aussi les logements, les services et les modèles de financement.
Des dynamiques déjà à l’œuvre
Les initiatives se multiplient :
- développement des Centres de ressources territoriaux (CRT),
- coopérations entre hospitalisation à domicile (HAD) et Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) pour mieux articuler soins et accompagnement,
- généralisation de la téléassistance et de la télésurveillance,
- essor de l’habitat inclusif et des résidences services.
Les améliorations du numérique et des technologies dédiées à l’aide à la personne ouvrent aussi de nouvelles perspectives, qu’il s’agisse du suivi des constantes à distance ou de la prévention des chutes.
Les conditions de réussite d’un virage collectif
Au-delà des outils, qu’il faudra mettre en œuvre quoi qu’il advienne, c’est à un véritable projet de société que les acteurs du grand âge devront construire. Pour que ce virage réussisse, plusieurs conditions devront être réunies :
- Personnaliser les accompagnements en adaptant les services aux rythmes et aux besoins des personnes et en formant les professionnels à l’écoute et à l’observation.
- Renforcer la coordination en fluidifiant la chaîne des acteurs : médecins, soignants, aidants, établissements, collectivités et mutuelles.
- Valoriser les métiers du domicile en travaillant à une meilleure reconnaissance, en promouvant le caractère évolutif des carrières, et en poursuivant l’effort d’amélioration des conditions de travail.
- Adapter l’habitat par la rénovation des logements, le développement de l’habitat inclusif et l’équipement des foyers (téléassistance, objets connectés).
- Garantir un financement stable et équitable à travers une réforme des tarifications (SAAD/SSIAD), mais aussi l’instauration d’un financeur unique capable d’assurer une gouvernance cohérente des services autonomie.
Le positionnement du Groupe VYV
Le Groupe VYV, 1er acteur mutualiste de santé et de protection sociale en France entend prendre toute sa place dans cette œuvre de transformation. En tant qu’acteur mutualiste et de terrain, il conjugue expertise médico-sociale, innovation et ancrage local.
- VYV 3 s’engage dans la mise en place des CRT (Centres de ressources territoriaux pour les personnes âgées) en coopération avec les acteurs territoriaux : à Lorient, Valence, Saumur, au sein de Pavillon Mutualité, en Île-de-France et en Centre-Val de Loire via les EHPAD et les Ssiad.
- Le groupe favorise la coopération entre services à domicile et établissements et défend un modèle souple (type SPASAD – Services Polyvalents d’Aide et de Soins A Domicile) garantissant la viabilité économique et la continuité du parcours.
Limites et risques
Ce virage ne saurait être universel : certaines situations (pathologies lourdes, isolement, logements inadaptés) continueront de nécessiter un accompagnement en établissement.
La réforme des Services autonomie à domicile (SAD) suscite aussi des inquiétudes : l’obligation de fusionner SAAD et SSIAD dans une entité unique risque de fragiliser la filière et de déstabiliser les équipes. Mais réussir le virage domiciliaire suppose avant toute chose une ambition politique et collective. La loi « Bien vieillir » a ouvert une voie, mais une grande loi sur l’autonomie reste indispensable pour poser les bases d’une société du bien vieillir : inclusive, solidaire et innovante.
Le Groupe VYV, par son modèle mutualiste, la multiplicité de ses métiers et sa présence au plus près du terrain, en est un acteur clé. Aux questions qui ne manqueront pas de se poser demain : Quelle place pour les mutuelles dans la gouvernance de l’autonomie ? Comment associer l’économie sociale et solidaire à la construction de ce nouveau modèle ? Autant de questions que le Groupe VYV porte dans le débat public, au service d’un objectif commun : permettre à chacun de vieillir librement, dignement, chez soi.
*Chiffres : Miroir Social février 2025