Il y a un an, le Groupe VYV a pris position sur la santé environnement, un sujet parfois difficile à cerner. Où en sommes-nous aujourd’hui, et quelles actions ont été menées ?
Célia Kharif :
Nous savons aujourd’hui que l’activité humaine est à l’origine de la pollution, et le Groupe VYV n’échappe pas à cette réalité. Si nous voulons véritablement améliorer la santé des populations, nous devons commencer par agir sur notre propre impact environnemental.
Il est désormais clairement établi que la pollution et le dérèglement climatique contribuent à l’apparition et à l’aggravation des maladies chroniques. En tant qu’acteur engagé dans la santé, nous avons un devoir d’exemplarité : réduire nos émissions pour limiter ces effets sur la santé et protéger les générations futures.
Depuis l’an dernier, toutes les maisons du Groupe VYV ont défini une stratégie climat. Concrètement, à partir d’un bilan carbone (une “photo” des émissions de gaz à effet de serre – GES), chaque entité s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Cela se traduit par des plans d’action concrets : mobilité, politique d’achats, sobriété énergétique… En réduisant nos émissions, on réduit aussi la pollution, et donc agir directement pour améliorer la santé des individus.
Parallèlement, nous avons poursuivi et renforcé les actions de sensibilisation et de formation, car ce sont des leviers majeurs pour réduire l’empreinte carbone des individus comme des organisations. Nous avons notamment créé un Serious Game de 30 minutes, très simple d’accès, qui projette le joueur dans un monde où le changement climatique a déjà des effets sur la santé. Le joueur doit identifier les leviers et les actions qui permettent d’améliorer la santé des individus dans ce contexte.
Quelles sont, à vos yeux, les actions les plus emblématiques menées par le groupe ces derniers mois, en lien avec le climat et la santé environnement ?
Célia Kharif :
La première, c’est clairement la politique des achats responsables, qui repose sur quatre piliers, dont un pilier environnemental. L’idée, c’est d’accompagner nos fournisseurs les plus émissifs dans leur transition.
Une autre action forte concerne l’éco-anxiété. C’est un phénomène émergent, qui touche plus de 4 millions de Français, majoritairement des jeunes de 16 à 25 ans.
Nous lançons, à partir de janvier, une expérimentation avec l’association Unis Cité : former 200 jeunes dans trois régions différentes pour leur donner des outils pour lutter contre l’éco-anxiété. On sait que la libération de la parole et l’action collective sont des leviers puissants pour atténuer ce syndrome. La formation se déroulera de janvier à juin, puis un bilan sera réalisé, avec pour objectif de déployer ensuite ce dispositif plus largement.
Ce programme d’action est adossé à une recherche menée par MGEN et VYV3, qui vise à déterminer si l’éco-anxiété relève d’un syndrome anxieux ou d’une pathologie. La réponse à cette question est importante, car elle conditionne les modalités de prise en charge.
Les rapports CSRD sont élaborés dans le cadre d’une directive européenne qui oblige les entreprises soumises à rendre compte de leurs impacts et de leur performance en matière de développement durable. Cette directive s’appuie sur le principe de double matérialité : elle analyse à la fois l’impact de l’entreprise sur l’environnement, la société et ses collaborateurs, et l’influence des enjeux externes (climatiques, sociaux ou réglementaires) sur l’activité de l’entreprise.
Les entités actuellement concernées au sein du groupe par cette obligation (Harmonie Mutuelle, MGEN, MNT et Mutex), doivent ainsi recenser l’ensemble de leurs impacts, risques et opportunités sur les volets environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les rapports sont consultables en ligne directement sur le site internet des entités soumises.
Ce rapport, désormais appelé rapport de durabilité, remplace l’ancienne Déclaration de performance extra-financière (DPEF) avec des exigences nettement renforcées.
Il y a un an, on parlait surtout de développement durable, de climat, de bilan carbone. Aujourd’hui, on a le sentiment que le cadre s’est élargi : RSE, rapports au travail, aspects sociaux… Est-ce une simple impression ? Comment comprendre cette évolution ?
Célia Kharif :
Ce n’est pas une impression : les crises climatiques ne relèvent plus seulement de l’environnement, elles touchent désormais la santé, le social et l’économie.
Les exemples sont nombreux, prenons l’effet des fortes chaleurs, les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires voient leur risque de décompensation augmenter. L’implantation du moustique tigre, favorisée par le réchauffement, introduit en France des maladies jusqu’ici rares sur le territoire. Ces épisodes extrêmes fragilisent la santé de l’ensemble de la population : hausse de la fréquentation des urgences (saturation des infrastructures de santé), augmentation des troubles de santé mentale, épuisement, irritabilité, baisse de vigilance…
Les impacts ne se limitent pas à la santé individuelle : ils touchent aussi le monde du travail. Une étude estime à 23 millions le nombre d’accidents du travail liés à la chaleur en 2024 au niveau mondial, un chiffre qui illustre clairement la perte de capacité productive provoquée par le dérèglement climatique.
Le logement constitue un autre déterminant clé. Mal isolé, un habitat peut se transformer en véritable “bouilloire thermique” lors d’épisodes caniculaires. L’alimentation est elle aussi affectée : la chaleur assèche les sols, réduit les rendements agricoles et renchérit les matières premières, avec un impact direct sur les prix pour les ménages.
Enfin, ces crises renforcent les inégalités. Les personnes les plus vulnérables (femmes, personnes âgées, ménages précaires, habitants de logements mal isolés ou de zones polluées) sont les premières touchées.
C’est pour toutes ces raisons que l’on parle désormais d’un impact global : climatique, sanitaire, social et économique. Le dérèglement climatique est devenu un enjeu total, qui traverse toutes les dimensions de la vie quotidienne et accentue les fragilités existantes.
Dans un contexte budgétaire tendu, on entend souvent qu’il est difficile de continuer à investir dans la transition. Est-ce vraiment soutenable ?
Célia Kharif :
Oui, le contexte budgétaire est contraint, et cela nous oblige à être pragmatiques et créatifs dans ce que l’on propose. Mais il faut, à mon sens, inverser la logique : aujourd’hui, on sait que le coût de l’inaction est supérieur au coût de la transition écologique.
Ne pas agir nous coûtera plus cher humainement, socialement et financièrement. Le dérèglement climatique aggrave les maladies chroniques, augmente les besoins de soins, et donc les remboursements de frais de santé. Économiquement, cela finit par peser très lourd.
Notre responsabilité, en tant qu’acteur mutualiste, c’est de protéger la santé des populations et d’anticiper les risques. Investir maintenant dans la transition, c’est éviter des coûts plus importants demain, y compris des coûts sanitaires. On travaille en réalité la résilience de notre modèle.
Donc oui, la ligne politique, c’est de continuer à agir. Pas par posture, mais parce que ne rien faire mettrait en danger, à terme, autant la résilience du modèle économique de la santé que la santé des personnes que nous couvrons.
À quoi faut-il s’attendre dans les mois à venir ? Quelles actions fortes vont marquer l’année 2026 ?
Célia Kharif :
On a posé un cadre d’actions solide : politiques d’achats responsables, stratégies climat, dispositifs de sensibilisation et de formation. L’enjeu maintenant, c’est de poursuivre le déploiement des politiques et des actions.
En parallèle, on travaille déjà sur un axe qui devient central : l’adaptation. Le risque est là. Les canicules, les inondations, les phénomènes climatiques extrêmes vont être plus fréquents et plus intenses. On sait déjà quelles conséquences ils peuvent avoir, on les observe.
La question est désormais : comment apprend-on à vivre avec ? Cela passe par l’innovation : repenser les modèles d’affaires, adapter les métiers, les pratiques pour permettre à nos adhérents, à nos patients, à nos collaborateurs de faire face aux effets du changement climatique et d’en atténuer l’impact sur leur santé et leur quotidien.
On avance donc sur deux jambes :
- d’un côté l’atténuation avec le déploiement de la stratégie bas carbone et la poursuite des actions de sensibilisation et formation,
- et en parallèle l’adaptation, qui est un passage obligé, car on n’évitera pas les effets du dérèglement climatique.