Santé mentale : les arts, une autre voie pour prendre soin

Du 5 au 18 octobre 2026, les Semaines d’information sur la santé mentale (SISM) mettent les pratiques artistiques à l’honneur. Peinture, travail de la terre, théâtre : ces médiations offrent des espaces d’expression complémentaires à la parole et peuvent contribuer au bien-être, au lien social et au rétablissement des personnes concernées par des troubles psychiques.
Date de publication : 23 octobre 2026

 

« Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts » : le thème de la 37e édition des SISM invite à explorer les liens entre création artistique et santé. Des milliers d’événements sont organisés partout en France métropolitaine et ultramarine pour promouvoir la santé mentale, déstigmatiser les troubles psychiques et mobiliser autour de cet enjeu collectif. Cette édition, placée sous le haut patronage du ministère de la Culture, s’inscrit dans l’année de la Grande Cause nationale consacrée à la santé mentale.

Le choix de cette thématique s’appuie notamment sur un rapport publié en 2019 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), fondé sur plus de 3 000 études. Celui-ci souligne les effets positifs des activités artistiques sur la santé mentale, physique et sociale. Elles peuvent favoriser la régulation des émotions, réduire le stress, renforcer les liens sociaux et participer à la prévention de la dépression et de l’isolement.

Au CAP’JA, créer pour exprimer ses émotions

Créé en octobre 2024, le CAP’JA accueille des jeunes adultes de 18 à 30 ans présentant des troubles anxiodépressifs légers à modérés, pour une durée maximale de 18 mois. Pour beaucoup, il s’agit d’un premier contact avec les soins psychiques. La prise en charge repose essentiellement sur des groupes thérapeutiques, dont deux ateliers d’art-thérapie consacrés à la peinture et à l’argile.

Encadrés par Sophie Masson, art-thérapeute et psychomotricienne, et Madeleine Choureau, ergothérapeute, les groupes « Peinture en liberté » et « Argile et émotions » offrent une voie d’expression complémentaire à la parole. Il ne s’agit pas de produire une œuvre esthétique, mais d’explorer ses émotions, de découvrir de nouvelles capacités et de trouver sa place au sein d’un collectif.

Les ateliers s’appuient sur un cadre stable et sécurisant, avec des espaces dédiés et des séances régulières. Les créations ne sont pas interprétées par les thérapeutes : seule la personne qui les réalise peut dire ce qu’elles représentent pour elle. Leur confidentialité est préservée tout au long de la participation au groupe.

Cette approche peut notamment aider les jeunes qui éprouvent des difficultés à verbaliser leurs émotions ou des angoisses de performance. Les retours des participants témoignent de son intérêt : les ateliers leur permettent de « mettre en forme leurs pensées », de partager leur vécu et de représenter leurs émotions dans un cadre sécurisant. Un processus singulier qui peut contribuer à renforcer la confiance en soi et dans la relation à l’autre.

À Rouen, le théâtre pour créer et renouer avec les autres

À l’ESM de Rouen, l’atelier « Médiation théâtrale et expression scénique » est proposé chaque semaine à un groupe de 8 à 12 adultes suivis à l’hôpital de jour. Il associe exercices de respiration, de mouvement, de voix et de prise de parole, improvisation, écriture et construction de scènes. Des temps d’échange permettent aux participants de revenir sur leur expérience et leurs ressentis.

Le théâtre offre une autre manière d’exprimer des émotions et des vécus parfois difficiles à mettre en mots dans un entretien classique. Le jeu et les personnages permettent de les explorer avec une certaine distance, dans un cadre sécurisant. L’atelier vise également à renforcer l’estime de soi, à favoriser les relations sociales et à développer l’autonomie à travers un projet commun.

La participation est proposée après un entretien avec l’équipe soignante, afin de vérifier l’adéquation de l’atelier aux besoins de chacun. L’encadrement associe les compétences artistiques d’un animateur et celles d’un infirmier, en lien avec l’équipe pluridisciplinaire. Une représentation annuelle en fin d’année vient valoriser le travail accompli et l’engagement des participants.

Intervenir précocement auprès des jeunes

L’accompagnement des jeunes confrontés à des troubles psychiques suppose également de pouvoir intervenir suffisamment tôt. En Pays de la Loire, le dispositif d’intervention précoce pour les psychoses émergentes (Dippe), associe suivi thérapeutique et accompagnement médico-social renforcé.

À Angers, il est coporté par le Centre de santé mentale angevin (Cesame), pour la partie soins, et VYV 3, pour la partie médico-sociale. Il accompagne des jeunes présentant un risque très élevé de développer une psychose ou ayant déjà vécu un premier épisode psychotique. Au-delà des soins, l’équipe intervient sur des questions liées aux études, aux difficultés cognitives, à la vie sociale et aux projets personnels, en construisant avec chaque jeune des réponses adaptées à ses besoins.

Le parcours de Salim, 18 ans, illustre l’intérêt de cette approche globale. Après une période de grandes difficultés au lycée, son accompagnement a notamment permis d’identifier une dyspraxie et d’obtenir des aménagements pour ses examens. Il attribue à ce suivi la possibilité d’avoir obtenu son baccalauréat avec la mention bien.

Selon le rapport intermédiaire de l’expérimentation, les jeunes accompagnés présentent, après un an de suivi, une amélioration de leur fonctionnement global et de leur qualité de vie. Le nombre de jours d’hospitalisation a diminué de près de 77 %. Parmi les jeunes hospitalisés au cours de la première année, 87 % ne l’ont pas été au cours de la deuxième. Ces résultats préliminaires soulignent l’intérêt potentiel d’une intervention précoce associant soins et accompagnement médico-social.

Mieux accompagner, mieux inclure

Les SISM rappellent que la santé mentale concerne tous les aspects de la vie quotidienne et que chacun peut contribuer à sa promotion. Les initiatives présentées illustrent la diversité des réponses possibles : les médiations artistiques ouvrent des espaces d’expression et de création, tandis que l’intervention précoce permet de construire un accompagnement adapté aux besoins des jeunes.

Autant de démarches qui participent à une même ambition : soutenir les capacités de chacun, favoriser le lien social et accompagner les personnes concernées par des troubles psychiques dans leur parcours de rétablissement.

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